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Chapitre 10-3

    Entre la place Blanche et la place Clichy, à la tombée de la nuit, un jeune homme blond et frisé vêtu d'un complet de sportsman et d'une casquette à carreaux (on le surnommait Rouletabille) installait une lunette astronomique qu'il braquait en direction de la lune. Il louait l'appareil à la minute aux passants qu'il aguichait, les invitant dans un style poético-scientifique à admirer "l'astre des nuits, la blonde Séléné" pour une somme modique.
    Olivier l'écouta longtemps parler des canaux de la lune, des êtres qui, sans doute, les avaient construits et qu'on rencontrerait un jour. Quelques clients mirent l'œil à la lunette, payèrent et partirent en inclinant des fronts pensifs, puis, le calme revenu, l'enfant demanda s'il pourrait regarder "rien qu'un petit peu", sans payer. L'homme le souleva en le prenant sous les bras, mais comme il bougeait, Olivier ne put rien voir.
    "Tu as vu les taches ?
    - Euh... non ! J'ai vu rien que du noir"
    Rouletabille lui dit "Chut !" car des badauds approchaient et il commença un discours :
    "Approchez, mesdames et messieurs, approchez... Savez-vous ce que cet enfant a vu ? Il a vu des cratères et des canaux, il a vu dans la clarté argentée de l'astre qui succède à Phébus, il a vu... Savez-vous ce qu'il a vu ?"
    Olivier le regarda étonné et quand il recommença un discours où il était question de périgée et d'apogée que les badauds faisaient semblant de comprendre, l'enfant haussa les épaules et s'éloigna en pensant : "Quel toupet !"
    Pourtant, il était troublé. Quelques mètres plus loin, il cligna un œil en direction de l'astre, puis l'autre et il eut l'impression de régler les mouvements de cette curieuse chose ronde comme un lampion.
    Comme la nuit était claire, il prit son courage à deux mains et enfila la rue Caulaincourt à partir de la place Clichy, marchant seulement plus vite sur le pont qui enjambe le cimetière. Il jeta un coup d’œil à la dérobée sur ces monuments de pierre de toutes tailles et se demanda si on en avait construit un sur la tombe de sa mère. Élodie lui avait proposé de l'emmener à Pantin, mais il avait répété : "Non, oh non !" sur un ton plaintif et décidé. Sa cousine avait haussé les épaules et, les yeux tournés vers le plafond, fait plusieurs mouvements d'étonnement scandalisé : cet enfant ne gardait même pas le culte des morts !
    Il tenait à la main un des livres de L'Araignée, celui-là même qu'il aurait dû rendre à la bibliothèque municipale. Cartonné en rouge avec le bateau de la Ville de Paris gravé en doré, un carton fixé à l'intérieur portait les marques des prêts écrites à l'encre bleue et des dates au cachet violet. Avant de se rendre dans cet établissement intimidant, il avait hésité durant plusieurs jours, et maintenant il était fermé pour un mois : il ne devait jamais restituer ce livre.
    Olivier pensait sans cesse à l'Araignée, ou plutôt à Daniel, espérant toujours le voir réapparaître dans la rue, à son emplacement favori, contre le mur entre la fenêtre d'Albertine et le magasin de mercerie fermé. Il lui aurait rendu ses livres et peut-être l'infirme lui aurait-il appris ce que leurs phrases difficiles voulaient exprimer.
    Olivier venait de traverser le pont du cimetière quand l'idée lui vint que s'il prononçait deux cents fois de suite le prénom de L'Araignée, cela aiderait à le faire revenir. Il se mit donc à répéter le plus rapidement qu'il pût :
    "Daniel Daniel Daniel Daniel Daniel..."
    Peu à peu, cela devint une prière qui ne comprendrait qu'un seul mot, ses lèvres remuant comme celles des vieilles égrenant leur chapelet.
    Il était tout à cette occupation quand des éclats de rire, des bruits de voix le tirèrent de sa rêverie. À la terrasse d'un restaurant, des hommes aux visages rougeauds, violacés, s'esclaffaient en portant à leur bouche des fourchettes trop chargées ou de grands verres de vin blanc qu'ils vidaient d'un trait. Ils poussaient du coude des femmes grasses et blondes qui partaient de rires sonores. L'un d'eux jeta à sa voisine :
    "Tu te rends compte, Mimi, de la vitesse du vent ?
    - Et de l'épaisseur du brouillard ?" dit un autre.
    Ils assaisonnèrent ces répliques de quelques grossièretés. Olivier en avait entendu bien d'autres dans la rue, mais parce qu'il répétait "Daniel Daniel Daniel...", il s'arrêta, tout interdit. Il avait l'impression de quitter un univers propre, pur et malheureux pour entrer dans un autre dont la joie vulgaire le blessait. Un gros mangeur, la main sur la panse, dit encore :
    "Si j'ai pas deux trous de balle, jamais je m'en sors !"
    Brusquement, Olivier s'éloigna en courant. Le monde lui paraissait sale, écœurant, les hommes laids et bêtes. C'était comme s'ils retenaient L'Araignée prisonnier derrière leurs rires.
    "Daniel Daniel Daniel Daniel..."
    Il avait beau répéter le prénom, il ne pouvait pas chasser les dineurs de sa pensée.
    Tout à ses impressions, il marchait en balançant son livre, parfois posait sa main sur un tronc d'arbre et tournait autour, repartait, regardait les modèles de cartes de visite à la vitrine d'un imprimeur en répétant les noms à voix haute : "Mr et Mme Albert Durand, Mr Jean Dupoitevin, avocat à la Cour, Mlle Rosa Patti, artiste lyrique..." puis il lisait les plaques sur les immeubles avec leurs médecins, leurs huissiers, leurs notaires...
    Quelle ne fut pas sa surprise d'apercevoir à la terrasse du "Balto" le père Bougras attablé devant un guéridon en compagnie du beau Mac et de deux autres hommes qu'il ne connaissait pas ! Le plus petit portait des pattes et son visage aplati semblait avoir été pressé ; l'autre, grand et large, avait un front bas, ses cheveux gris jaunâtre rejoignant ses sourcils. Devant eux, il y avait des petits verres d'alcool à col étroit. Il se tint un peu à distance mais put entendre Bougras dire :
    "J'accepte toujours un verre, mais pour le reste, je ne suis pas votre homme, je ne marche pas !"
    Les autres développaient à voix basse une solide argumentation, les mains s'ouvrant et se fermant, les pouces frottant les index pour exprimer l'idée de l'argent, les sourcils se soulevant, les têtes ballottant d'indignation :
    "Je ne dis pas, je ne dis pas...", répéta Bougras.
    Il les écouta encore, se redressa et dit :
    "Oseille ou pas oseille, risque ou pas risque, je ne marche pas. C'est net et clair"
    À ce moment-là, il aperçut Olivier qui s'avançait timidement et en profita pour mettre un terme à la conversation :
    "Hé, garçon, viens donc !"
    Olivier s'approcha, serra la main de Bougras, puis celle de Mac, toute molle : l'homme affichait sa mauvaise humeur. Bougras vida son verre, se leva, prit l'enfant par le poignet et jeta à ses interlocuteurs avec un sourire aimable, un rien ironique :
    "Merci pour le verre, mais ne comptez pas sur moi. Vous avez choisi la mauvaise adresse..."
    Alors, Mac se leva, fit glisser son chapeau en arrière, prit son air mauvais et tenta de toiser Bougras qui était plus grand que lui :
    "Tu tiens donc à rester une cloche alors ?
    - Essentiellement, dit Bougras.
    - Laisse tomber...", conseilla l'homme au visage aplati.
    Mais Mac avait l'air d'en vouloir à Bougras. Il fit le geste d'attraper une mouche et de l'écraser dans sa main en même temps qu'il disait :
    "En tout cas, motus, hein, pépère ? Nous les mouches..."
    À la surprise d'Olivier, Bougras qui les regardait tous les trois avec un sourire jovial, se rembrunit d'un coup.
    Il désigna à Mac, la pointe de son soulier et dit en le regardant droit dans les yeux, et d'une certaine façon :
    "Et celui-là, tu le veux au cul ?
    - Ça va, ça va...", dit Mac en se rasseyant.
    Bougras le regarda encore, s'étira, reprit son sourire et dit :
    "Quelle belle nuit !"
    Il tapa sur l'épaule d'Olivier à petits coups affectueux. Après quelques pas, il partit d'un rire gloussant et dit tout haut, comme s'il parlait à la nuit :
    "Je ne serai jamais riche !"
    Olivier faillit l'interroger, mais il pensa qu'il se trouvait en présence d'affaires de grandes personnes. Sans se le dire, ils savaient qu'ils avaient envie de se promener ensemble. Dans le silence ouaté, les côtes du velours de Bougras en se frottant au rythme de sa marche faisaient un bruit d'élytres. Il répéta dans sa barbe :
    "Il me feront toujours rire !
    - Qui ça ? demanda Olivier.
    - Les hommes"
    Il n'ajouta aucun commentaire à cette remarque qui exprimait une grande part de sa philosophie.
    Les pneus d'un taxi qui passa lentement paraissaient coller sur le macadam. Quelques personnes étaient encore assises levant les portes des immeubles et l'ombre les crayonnait aux teintes de la pierre. L'homme et l'enfant marchaient, l'un raccourcissant ses pas, l'autre les allongeant pour trouver un accord, et la lune se déplaçait avec eux, leur souriant à travers les feuillages frémissants des marronniers. D'une fenêtre, quelqu'un jeta un mégot allumé qui traversa la nuit comme une étoile filante.
    Bougras pensait aux trois lascars et à leur proposition de complicité pour un éventuel recel. Il avait refusé non par un respect inattaquable de la morale, mais pour rester un homme libre. Cependant, l'argent lui faisait défaut. Il serait toujours le loup affamé parmi les chiens et il était né voilà près de soixante-dix ans.
    Olivier regardait la lune. Furtive, feutrée, silencieuse, elle ressemblait aux chats. Elle examinait, espionnait, connaissait tous les secrets et, à l'exception de Rouletabille, personne ne se souciait d'elle. Comme Bougras s'arrêtait pour allumer sa pipe, il fixa l'astre qui flottait dans le ciel comme un ballon sur un étang. Sa clarté blanche blessait le regard, faisait naître un malaise. Il eut peur et se rapprocha de Bougras.
    "Dis, Bougras, la lune, c'est le pays du bon Dieu ?"
    Bougras creusa ses joues et souffla une fumée vite dissoute. Il réfléchit un peu, cracha, regarda vers la cime des arbres et répondit :
    "Peut-être qu'il y a des gens là-haut, peut-être qu'il n'y en a pas... Mais sûrement pas de bon Dieu !
    - Il est quelque part ? Au-dessus ?
    - Ni au-dessus ni au-dessous. C'est toi, fiston, le bon Dieu. Et c'est moi. Et c'est tout les autres.
    - Et aussi Daniel, tu sais : L'Araignée…
    - C'est bien possible", grogna Bougras.
    Cette conversation le gênait. Il n'avait pas envie de discuter de cela avec un enfant. Il se parla à lui-même et dit tout-haut :
    "Chacun voit midi à sa porte"
    Olivier avait bien envie de poser d'autres questions, de demander si Mac, Loulou, Lucien, Gastounet, tous les autres, étaient aussi le bon Dieu. Bougras lui parut très grand. L'échange avec Mac l'avait impressionné : quand Bougras lui avait montré la pointe de son soulier, le Caïd n'avait pas insisté. L'enfant pensa : "Il s'est dégonflé, le beau Mac !" et il se dit qu'Anatole avait peut-être raison : et si c'était "un dur à la mie de pain" ?
    "T'es fort, Bougras ?
    - Et comment !"
    Il prit le livre qu'Olivier tenait à la main, lut le titre et siffla en disant :
    "Eh, eh bien... Bravo, monsieur le Professeur !
    - J'y comprends rien encore", dit modestement olivier.
    Il expliqua que le livre ne lui appartenait pas, qu'on le lui avait prêté, mais il évita de parler de Daniel : c'était son secret.
    "Plus tard, tu liras Zola", dit Bougras avec solennité et respect.
    Après quelques pas, l'index levé, il ajouta :
    "Zola, il y a tout là-dedans !"
    Olivier se dit qu'il devait retenir ce nom. Et comme il avait répété "Daniel Daniel Daniel...", il répéta "Zola Zola Zola".
    La poche droite de Bougras, celle où il glissait sa pipe et son paquet de gris, était déchirée. L'enfant pensa qu'il faudrait la raccommoder et l'idée du fil le ramena pour quelques instants vers le magasin de mercerie.
    Une fois de plus, le carillon à tubes de la porte se fit entendre. Virginie était derrière le comptoir de vente et se tapotait les lèvres avec un crayon-gomme. Elle passait commande à un représentant tout petit, chauve et chafouin qui avait posé son melon à l'envers sur la table de coupe. À chaque phrase de Virginie, il donnait un coup de tête en avant pour approuver.
    "De la talonnette noire, disait Virginie, et aussi de la grise. Les rouleaux sont de combien ?... Alors, deux longueurs de chaque. Et du coton à repriser : cinq boîtes assorties et deux de noir... Attendez donc, des sachets d'aiguilles. Oh !... six douzaines. C'est ça : une demi-grosse"
    Et le monsieur suçait son crayon-encre qui teignait ses lèvres de violet, redressait le papier carbone bleu de son carnet manifold. Olivier affirmait sa présence :
    "M'man, tu avais dit : des épaulettes.
    - Ah ! oui : des épaulettes de 44 et 46. Oui, moyennes. Vous en mettrez douze paires. Merci, Olivier, si je ne t'avais pas... J'oubliais : de la laine chinée. Montrez vos échantillons... Vous faites aussi les épingles ? Alors six grosses boîtes..."
    Olivier ferma les yeux sur cette image rapide et une autre surgit aussitôt. Virginie cousait à la machine. Cela faisait "tactactac" et le tissu courait tout seul tandis que les pieds dansaient sur la pédale noire et que le fil tressautait d'une bobine à l'autre. Quand la machine s'arrêtait, elle semblait avoir mangé tout le bruit.
    "Ta poche est décousue, Bougras.
    - Bah !" fit Bougras en rentrant le coin qui pendait à l'intérieur de la poche.
    Ils étaient revenus vers les escaliers Becquerel qu'ils montèrent lentement. Arrivés devant l'immeuble au cagibi incendié, l'homme sourit et regarda Olivier malicieusement. Cela voulait dire : "Tu te souviens ?" L'incident, si proche qu'il fût, paraissait déjà lointain, lointain.
    "Je crois qu'ils n'enverront jamais la note, dit Bougras. Au fond, c'est un bon métier que celui de pompier. S'il n'y avait pas l'uniforme..."
    Plus tard, une autre image de son passé s'imposa à l'enfant. Un facteur entrait dans la mercerie, posait sa gibecière de cuir sur la table, sortait de l'argent, un carnet : "Signez ici...", et ajoutait :
    "C'est la pension de votre mari. Ça n'augmente pas..."
    Quand la porte se referma, Virginie dit en rangeant l'argent :
    "Enfin seuls. Je retire le bec-de-cane. J'en ai assez de voir des gens"
    Puis, par une coquette allusion à son prénom, elle se mit à chanter :

    "Aux confins d'Amérique,
    Pays du Canada,
    Je jouais d' la mandoline
    Quand une princesse passa.
    Elle était si jolie
    Qu'on l'app'lait Virginie..."

    Et comme elle s'arrêtait là, Olivier reprit, par malice :

    "Elle était si mignonne
    Qu'on l'app'lait Vergeronne"

    Il était plongé dans cette rêverie un peu triste quand Bougras le fit sursauter :
    "Qu'est-ce que tu dis ?
    - Euh... rien. Je chantais"
    Leur promenade se poursuivit assez longtemps. Les phrases tombaient adoucies par la nuit. Les becs de gaz fredonnaient quand on passait près d'eux. Des chauves-souris frôlaient leur lumière. L'air s'était rafraîchi et on le recevait dans la bouche comme une boisson. Derrière une fenêtre, un carillon sonna un seul coup.
    "Tu ne t'es jamais marié, Bougras ?
    - Si, dans le temps, je me mariais beaucoup. Enfin, j'avais des connaissances"
    - T'as pas eu d'enfants ?
    - Pouah ! je déteste ça", jeta Bougras, mais son œil noir eut un éclair et il ajouta : "Toi, c'est pas pareil. T'es plutôt un copain."
    Ils redescendirent de Montmartre par la rue du Chevalier-de-La-Barre, vertigineuse, avec ses vieilles demeures provinciales, sa rampe sur le côté, ses immeubles et ses hôtels en contrebas.
    "Le chevalier de La Barre, tu sais qui c'était ? demanda Bougras en désignant une plaque bleue.
    - Non"
    Olivier ne s'était jamais interrogé sur tous ces noms : Ramey, Custine, Labat, Barbès. Il ignorait s'il s'agissait de dénominations de personnages ou de noms de villes. Comme "chevalier de La Barre" sonnait bien, il imagina un guerrier médiéval, sur un Cheval caparaçonné, avec une armure, un bouclier et une lance.
    "C'était un jeune homme, dit Bougras. Ils lui ont coupé la tête et ils l'ont brûIé. Pour trois fois rien. Il n'aimait pas les curés.
    - Alors, on a donné son nom à une rue ?
    - Oui, c'est toujours comme ça"
    Olivier médita et se demanda si on avait aussi coupé la tête à Lambert, à Nicolet et à Bachelet. La rue descendait de plus en plus vite jusqu'à quelques marches aboutissant rue Ramey. Olivier, les bras écartés comme un équilibriste, courut jusqu'en bas, grimpa sur la courte rampe et attendit son ami. Quand il fut à sa hauteur, il glissa et sauta sur le trottoir. À sa surprise, Bougras l'imita en disant :
    "Hein ? Hein ? Encore souple, le vieux..."
    La lune s'était cachée derrière un nuage pour mieux espionner et il faisait plus sombre. Arrivé rue Labat, Bougras annonça qu'il faudrait peut-être aller "au plume".
    "Oh ! on a bien le temps..."
    Bougras lui ébouriffa les cheveux et dit : "Qu'elle tignasse !" puis il lui donna une tape sur les fesses :
    "Allez au pageot !"
    Olivier l'accompagna jusqu'à sa porte, lui serra la main et se demanda s'il rentrerait tout de suite. Il finit par s'asseoir au bord du trottoir et à jouer aux osselets, mais il se lassa vite et ouvrit la bouche sur un bâillement.
    Élodie et Jean devaient dormir tous les deux dans des pyjamas bleus faits du même tissu, la jeune femme en chien de fusil, les poings sous le menton, et Jean sur le dos, avec un ronflement dont il se défendait quand elle se moquait de lui à ce propos. Maintenant, l'enfant désirait retrouver son lit en même temps qu'il hésitait à appuyer sur la sonnette.
    Un taxi s'arrêta au coin de la rue et les "deux dames" en tailleur en sortirent. Elles se tenaient enlacées et paraissaient très gaies. Puis une gifla l'autre et elles pénétrèrent dans un couloir en se disputant. Quelques minutes plus tard, Mac monta la rue et Olivier alla vite se cacher dans une encoignure : il craignait la colère du caïd déchu. Il se demanda ce qui se serait passé si Bougras s'étaient battus et il pensa que Bougras aurait gagné. En tout cas, il le souhaitait et, au besoin, il l'aurait aidé.
    Il se mit en garde et jeta quelques coups de poing dans le vide : "pif, paf, paf !" Il bâilla encore : il avait hâte d'être seul avec ses pensées. Il regarda la rue qui s'emplissait de nuit, sonna au 77 et monta précipitamment les escaliers. Il avait moins peur qu'autrefois, mais à condition de marcher très vite et de serrer les poings.
    La clef était à sa place sous le paillasson. Il ouvrit sans bruit, quitta ses sandales, ses chaussettes et sa culotte et se glissa dans le lit étroit. Il écouta la nuit puis son corps lui parut léger, de plus en plus léger, comme la lune dansant sur les nuages.

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